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Les rituels comme outils thérapeutiques

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Les rites funéraires sont-ils encore utiles ?

La vie des humains est peuplée de leurs morts.

On enseigne aux enfants dès leur plus jeune âge, le cycle de la vie à l’école. Tout nait, vit puis meurt.

Ce constat pourtant très simple devient d’un coup très compliqué quand il s’applique à nous, humains.

Dans l’Histoire de l’Homme, les rites funéraires sont considérés comme une prise de conscience fondamentale permettant le passage à la civilisation. Dès que l’Homme a commencé à vivre en communauté, il a ritualisé en même temps la mort. Ses peurs, incompréhensions, questionnements l’ont poussé à donner à la mort, à ses morts, une place particulière dans sa vie. L’Humain a octroyé à la mort des pouvoirs qui le dépasse et lui permettent ainsi de donner un sens à la vie.

Les rites funéraires n’ont pas cessé d’évoluer selon l’époque. Ces rituels varient également en fonction du statut social du défunt, des conditions de son décès, des croyances de ses congénères et, depuis quelques années, selon ses dernières volontés.

L’article de Pascal Moreaux « Quelques aspects de l’histoire funéraire dans la civilisation judéo-chrétienne en France » Ed. www.Cairn.info, explique que :

« […] Les lieux de sépultures personnels, familiaux ou collectifs évolueront également très largement à travers les temps. L’art funéraire des tombeaux si riche dans l’Antiquité disparaîtra presque complètement dans le Haut Moyen Âge pour retrouver à partir du XIIe siècle la splendeur d’autrefois avec les gisants, les orants et les grands tombeaux de la renaissance érigés et décorés par les plus grands sculpteurs de l’époque. […] Pourtant largement pratiquée par les premiers métallurgistes venant du centre de l’Europe, ceux qui inventèrent le bronze et le fer puis dans l’Antiquité par les Grecs et les Romains, la crémation disparaît pratiquement dès la chute de l’empire romain. […] Après la conquête franque de la Gaule et le développement de l’ère chrétienne, l’inhumation sera presque exclusivement le seul mode de séparation en raison du symbole de la mise au tombeau du Christ et de la croyance en la protection des Saint-Martyrs. »

Ce sont les coutumes Chrétiennes qui vont instituer les lieux d’inhumations près et dans les lieux de cultes. Les cimetières feront ainsi partie intégrante de la construction des villages et des villes, donnant aux vivants une proximité physique avec les morts. Au fil du temps, l’Homme moderne va établir des Lois qui vont régir la façon dont on doit gérer les morts dans l’espace publique, qui doit le faire et quand doit-on le faire. Aujourd’hui, on a remis les morts à la périphérie des villes, ou, à l’inverse, on laisse aux vivants la possibilité de ramener à la maison l’urne du défunt.

Ainsi, les religions et la pratique de leurs croyances distribuent aux vivants des espaces physiques et psychiques pour communiquer avec les morts.

Sous nos latitudes, le mois de novembre, en plus d’être celui institué par les catholiques comme étant la fête des « martyrs » et celui des morts, marque le moment de l’année où la nature se replie sur elle-même. Le froid arrive, les jours raccourcissent, tout devient propice à l’introspection.

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L’importance des rites funéraires

Le rite funéraire permet de faire le « deuil ». En français, les mots « deuil » et « douleur » sont issus du verbe latin dolere (souffrir).

La langue française utilise qu’un seul terme « deuil », pour désigner plusieurs aspects de ce dernier. Par extensions, les rites funéraires destinés, à l’origine, uniquement aux êtres humains décédés, peuvent de manière détournée, être appliqués à d’autres formes de deuils.

Il existe différents rites qui assujettissent une personne à un groupe familial, comme les rites qui maintiennent ou unissent (ex : repas, fêtes de Pâques, de Noël, occasions spécifiques). Ils favorisent la cohésion tout en permettant l’échange entre les participants.

Il y a les rites de passage (ex : baptêmes, anniversaires, mariages, funérailles) qui induisent automatiquement la transformation du groupe. Les rites funéraires sont donc utiles pour favoriser la transition.

Parce que chacun de nous a besoin d’être sécurisé sur l’importance de son existence au travers des liens d’attachement avec les figures affectives de son entourage, lorsque survient un décès, il est perçu comme l’anéantissement de ce lien. C’est une perte de l’autre, mais également une perte d’une partie de Soi.

Les rites funéraires vont alors permettre à l’individu de laisser s’exprimer la force de sa douleur (de son deuil), en présence des autres. Le fait que les rituels soient collectifs, laissent à chacun la possibilité de témoigner sa douleur à un moment précis, avec des codes définis et dans un lieu prévu pour cela. Ces rituels servent à « contenir » le deuil (la douleur) et sécurisent les individus.

Ils contribuent également à donner une place précise (cimetière, urne…) au défunt. Les endeuillés peuvent alors revenir le voir physiquement et continuer à se libérer de leur peine.

Le COVID étant passé par là, tous les rituels funéraires ont été modifiés.

On est passé des enterrements ultra rapides avec la possibilité de n’avoir que 2 ou 3 proches pour accompagner le mort à la version 3.0 qui consiste à un rituel funéraire en visioconférence.

Les endeuillés ont pu se retrouver au même endroit, au même moment et assister au rituel funéraire avec en plus la possibilité d’utiliser tous les « services » (livre d’or, cagnotte, prendre la parole…) qu’offre le service de pompes funèbres via Internet. Le moment solennel est ainsi vécu par tous.

Mais alors, quid de la communion émotionnelle vécue durant ces moments-là quand tout le monde est en présentiel ?

La version 3.0 à l’avantage d’autoriser à tous d’assister à l’évènement, de pouvoir accompagner le mort vers son dernier voyage et l’inconvénient de laisser chacun vivre sa douleur individuellement à la maison, car il est très difficile de la partager par écran interposé.

Ritualiser un deuil, quel qu’il soit, est utile car il peut offrir un cadre sécurisant permettant de cheminer et d’évoluer malgré la rupture parfois brutale du lien d’attachement.

Mais quelle place donnons-nous à nos morts ? Comment les intégrons-nous dans nos vies ? je vous invite à lire l’article suivant :

Comment gérer la place des morts dans nos vies ?


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