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Les représentations des liens d’attachement dans la famille

Les 1000 premiers jours

Comme le dit Boris Cyrulnick, ce sont les 1000 premiers jours de la vie d’un être qui ont une importance majeure.

Mais attention ! ces 1000 premiers jours démarrent à la conception de l’enfant. En effet, vous n’aurez pas le même démarrage dans la vie si vous naissez d’un viol que si vous êtes le fruit d’une belle histoire d’amour. Le 1001ème jour, l’enfant parle et rentre en 1ère enfantine. A partir de ce moment, il crée des liens d’attachements multiples et variés, car dès que s’exprimer devient possible, alors l’être humain va quitter le monde des émotions déclenchées par les perceptions, pour entrer dans un monde de sentiments déclenchés par des représentations mentales.

Le contexte familial, affectif, émotionnel, social dans lequel cet enfant va être conçu, sera déterminant sur le lien d’attachement qui va en découler. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que ce qui va produire un dysfonctionnement dans le lien d’attachement, n’est pas à cause de la mère durant la gestation, mais à cause de l’ensemble des émotions fortes et négatives générées par cette dernière.

On sait grâce aux nombreuses recherches en épigénétique, qu’une émotion crée des sécrétions hormonales qui vont être ingérées par le fœtus et qui auront un impact sur le développement son cerveau.

Je vais maintenant élargir les liens d’attachement à l’ensemble du système familial, et encore plus loin, à ceux qui se fabriquent entre 2 êtres humains.

Dans mon métier de systémicienne qui se rend au domicile des familles, l’idée est de donner des outils pour réparer ou plutôt pour transformer ce qu’il y a dans les liens en interaction, et ce grâce à la plasticité cérébrale de chaque individu, qui autorise leurs capacités à effectuer des changements, même dans un contexte difficile. En systémique, les outils permettent d’agir sur le milieu, qui en retour agira sur les individus de ce dernier.

Le lien qu’on tricote avec les autres

Cette maman me contacte pour m’explique que sa fille de 13 ans est difficile à gérer. Elle a un frère de 11 ans qui est à l’opposé d’elle. La maman me décrit sa fille en m’expliquant qu’elle est très agressive verbalement et parfois physiquement avec elle. C’est mon article sur la violence des enfants faites aux parents qui l’a poussée à me contacter.

Cette jeune fille, qu’on appellera Sandy, n’est pas très sociable, a peu d’ami-es, pratique des sports individuels (tennis, natation), refuse que ses parents lui apprennent quoi que ce soit, et ce depuis petite. Elle fait des crises très violentes à la maison uniquement. Elle est bonne élève et en dehors de ses parents, les liens avec les autres sont plutôt bons. C’est une enfant introvertie, discrète lors des réunions familiales, et est très anxieuse. Elle n’aime pas la contrariété, et c’est justement lorsque sa mère lui demande des comptes sur ses devoirs ou lui interdis certaines choses, qu’elle explose.

Le père est plutôt celui qui va « éponger » les après crises auprès de sa fille. Même s’il soutien sa femme dans l’éducation donnée aux enfants, il se met en retrait quand il faut poser un cadre, sanctionner ou se confronter à sa fille. Il laisse sa femme faire cette partie, chose que Madame a pris en main de façon « naturelle » dès le départ.

Le petit frère vit sa vie et ignore sa sœur quand elle part en vrille. Les disputent sont essentiellement entre la mère et la fille.

De quoi est fait le lien qui les unit ?

Pour mieux cerner le contenu qu’il y a dans le « tuyau » tricoté entre elle et sa fille, je demande à la maman qu’elle me raconte comment s’est « fabriqué » Sandy.

La maman me dit que le couple a désiré cette enfant. La grossesse c’est très bien passée, ainsi que l’accouchement. Le problème a été après. Elle ne voulait pas allaiter son bébé, mais les médecins ont énormément insisté, au point de lui faire peur avec des théories sur l’ensemble des maladies que le bébé pouvait développer si elle ne l’allaitait pas. Pourtant, me dit-elle, instinctivement, elle savait que ça n’irait pas. Mais face à l’énorme pression du corps médical, elle a cédé.

Et c’est là que le lien s’est détérioré. Lorsque le bébé tétait, il lui faisait extrêmement mal, et ce, durant tout le moment de la tétée. Les médecins lui ont dit de prendre sur elle et que la période d’allaitement devait durer au minimum 3 mois. Ce qui fait que le contact physique, charnel et nourricier s’est traduit pour ces 2 êtres par un vécu de douleur.

Sandy faisait souffrir sa mère pour se nourrir et vivre, et sa mère ressentait de la souffrance lorsqu’elle devait apporter à son enfant la nourriture sensée l’immuniser contre toutes sortes de maladies dangereuses.

Le lien tricoté entre ces 2 être étant imbibé de douleur en lien avec l’instinct de vie (on mage pour vivre, on nourrit pour faire vivre).

L’évolution de la « couleur » du lien dans le temps

Cette maman a donc arrêté d’allaiter sa fille au bout d’1 mois, en culpabilisant énormément et en compensant cela avec une attention très protectrice envers sa fille. Sandy, elle, a pu se construire dans un environnement stable, affectueux et encadré.

Cependant, inconsciemment, Sandy culpabilise d’avoir provoqué de la douleur à sa mère. Son élan vers l’essentiel était entaché de ce qu’elle avait induit sans comprendre : « je peux faire souffrir l’autre sans savoir comment je fais pour que ça arrive ». Elle a intériorisé cette culpabilité qui ressurgira plus tard sous forme d’accès de violence envers sa mère quand celle-ci veut lui donner un cadre sur lequel elle peut s’appuyer pour grandir.

Du coup, fabriquer du lien pour Sandy est compliqué. Comment s’y prendre avec les gens pour tisser un lien sans les heurter ? Comment savoir si ce que je suis, ce que je fais, ce que je dis sera vécu par l’autre sans douleur ?  Comment savoir à quel moment je crée de la douleur ?

Quant à la maman, son job est de protéger et aider sa fille qui lui a quand même infligé une douleur insupportable durant les premiers mois de sa vie, et en tant que maman, véhicule cette culpabilité d’avoir failli quelque part.

Réparer le lien

Il faut donc maintenant supprimer le sentiment de responsabilité de la douleur imprégnée dans le lien, autant du côté de la mère que celui de la fille. Faire de cette « couleur » qui a teintée le lien, quelque chose qui est une spécificité de leur lien. Permettre à Sandy de comprendre comment « tricoter » des liens sans avoir peur, en s’appuyant sur ceux qui existent et qui fonctionnent bien (son lien avec père, son frère, et ses ami-es). Qu’elle puisse appréhender que chaque lien est différent et qu’on peut les faire changer de « couleur » en fonction de ce qu’on décide de mettre dedans.

Permettre à ces 2 êtres, la mère et la fille, de se connecter en expérimentant un lien « sans douleur », celle-ci étant résumée à un souvenir commun fabriqué par des mécanismes n’appartenant à aucune d’elles. Utiliser tous les moments heureux vécus, pour leur faire ressentir émotionnellement que ce qu’elles étaient, disaient, sentaient à ces moments-là, avait une autre « couleur » et ont véritablement existé. Ils sont alors reproductibles.